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Presse en Guyane: chronique d'une mort annoncée?

Café-Débat du 25 janvier 2020


Préambule:

Le pluralisme médiatique est parallèle à la vitalité démocratique. Malheureusement, à l’heure de ces lignes, le dernier quotidien écrit en Guyane, FA Guyane, a cessé de paraître. En effet, la Guyane n’échappe pas au contexte général de crise, avant tout économique, que rencontrent les médias traditionnels.

Pourtant, de 1819 à nos jours, la presse guyanaise a connu un riche parcours. Tout d’abord parue au format papier, la presse guyanaise a dû s’adapter très rapidement à l’évolution des moyens de diffusion. Apparition de la radio en 1951 puis de la télévision en 1967 suivie d’internet, des ordinateurs personnels et des smartphones. Parmi les médias guyanais, outre RFO devenue Guyane la 1ere, citons en télévision ATG devenu ATV et des sites tels que Blada.com et Guyaweb en 2005. La presse n’a cessé d’évoluer et l’information de se diversifier.

La presse en Guyane, chronique d’une mort annoncée ?

C’est cette question que l’Institut G. Monnerville a souhaité présenter à la population à l’occasion de son 3ème café débat. Nos remerciements vont à nos deux intervenants principaux : le journaliste Laurent MAROT et Henri NERON, ex journaliste et historien de la presse en Guyane.

En présence d’une vingtaine de personnes et de représentants médias locaux : Radio Péyi, RDI, Guyaweb, FA Guyane... voici les constats qui ont été faits :

 

  • Le modèle du média unique est aujourd’hui dépassé et laisse place à la pluralité des plateformes, au multimédia.
  • L’arrivé d’internet a inexorablement changé les habitudes des consommateurs de presse, modifiant, de surcroît, les règles du jeu pour les médias traditionnels : augmentation des canaux de diffusion et de la quantité d’information accessible à tous (smartphones, réseaux sociaux).
  • Aujourd’hui, le projet de création d’une télévision privée en Guyane pose la difficulté de son modèle économique : insuffisance d’investisseurs privés, « scrupule » à bénéficier de fonds des collectivités.
  • Via les réseaux sociaux, tout un chacun devient « journaliste » et peut produire de l’information grâce à son smartphone, créant ainsi une vague d’informations incontrôlées.
  • Le critère premier de l’information : charte déontologique du journalisme (vérification des faits, respect du contradictoire…) est dévoyée. La différentiation entre l’information prodiguée par les médias et les personnes lambdas s’atténue. « Je vois, donc c’est vrai » sans poser la question du contexte, des circonstances, de l’analyse… 
  • Les médias ont un double rôle à jouer. Le premier est de vérifier et étudier l’information en profondeur. Le second est de décrypter et expliquer cette dernière.
  • Les Collectivités Locales restent trop peu sollicitées concernant l’aide au développement des médias locaux. Contrairement à la Guadeloupe et à la Martinique où un certain nombre de médias existent grâce aux subventions qu’ils ont reçues.
  • On observe également une plus grande implication de la population dans les Antilles Exp : la chaîne ATV Martinique a été sauvée grâce à une opération de type « téléthon ».
  • En Guyane, le budget publicitaire alloué à l’affichage est bien trop élevé et se fait au détriment de la presse.
  • On assiste depuis quelques années à une baisse de la qualité des informations véhiculées par les médias traditionnels au travers d’une multiplication des sujets en tout genre et une priorisation de la rubrique des faits divers. Les enquêtes sur plusieurs jours se raréfient et les faits divers en exergue répondent à une demande des « consommateurs ». C’est le serpent qui se mord la queue. Les personnes recherchent les faits divers et reprochent aux médias traditionnels de traiter l’information seulement en surface.
  • Un média, à l’exception de ceux publics, c’est d’abord une entreprise avec ses coûts et sa recherche d’investisseurs. 
  • La presse, comme beaucoup d’autres secteurs en Guyane, se confronte à un problème de compétence et de formation au niveau de la jeunesse guyanaise
  • Il y a un fort travail de conscientisation à faire au niveau des entreprises en ce qui concerne le rôle qu’elles ont à jouer dans le soutien des médias locaux, notamment celles concourant à la presse écrite.
  • La disparition de la presse écrite entraînera, peut-être, la disparition de l’archivage officiel. Un bug informatique supprimant des années de données est tout à fait possible.
  • Il y a une importance particulière à donner à la qualité du lien entre les médias et la population. Aujourd’hui le lecteur/spectateur a besoin de ressentir une certaine proximité avec le média qu’il suit.

En fin de réunion, le modèle médiatique présent à Mayotte a été cité et estimé intéressant. Les médias locaux de Mayotte « Flash Infos » et « Les Nouvelles de Mayotte » semblent avoir bien négocié leur passage au 100% WEB, proposant un bulletin d’information journalier avec une participation active de la population.

Si une mort des médias traditionnels reste à l’heure actuelle incertaine, leur reconversion partielle, sinon totale, vers des canaux d’information dématérialisés parait être une évidence et reste la solution la plus plausible en terme de viabilité économique.

Ce compte rendu est dédié à tous les journalistes sans lesquels l’espace démocratique serait considérablement menacé.

 

Marvin DORVILLE

Secrétaire permanant.

Orpaillage (légal) et écologie sont-ils compatibles en Guyane ?


Préambule

Nous vivons dans un contexte où les notions d’écologie et de développement durable sont devenues des marqueurs quotidiens de toute action politique, de toute entreprise économique, de tout projet social, sportif ou culturel. A raison. En Guyane, l’exploitation minière, en particulier aurifère, génère des passions telles qu’elles fracturent le lien politique, social, voire familial. Le débat public mené en Guyane autour du Projet Montagne d’Or a mis en exergue les difficultés de la société Guyane à débattre sereinement lorsque les sujets sont clivants. En l’espèce, les arguments des « pour » et des « contre » sont rapidement devenus inaudibles, privant la population guyanaise d’éléments d’appréciation sur l’enjeu de ce projet.

L’un des objectifs de l’Institut G. Monnerville est de provoquer la rencontre des contraires, de dépassionner les débats, d’offrir à la population une information objective, tenant compte des avis de chacun et, lorsque c’est possible, de réconcilier les points de vue. C’est la raison d’être des cafés-débats organisés trimestriellement par l’Institut Monnerville. 

 

Une vingtaine de personnes ont assisté au café-débat. Ci-dessous, les avis résumés le plus fidèlement possible.

OUI

 

- Thèse selon laquelle l’exploitation
aurifère a permis à la Guyane un développement indépendant sans mainmise extérieure, par exemple de type « Béké » aux Antilles.
- La question de l’orpaillage doit être
posée selon le triptyque suivant : l’exploitation, la gestion de la filière (locale ou nationale) et la gouvernance des ressources (idem).
- La DEAL contrôle la commission des
mines. On estime à moins de 20 les sociétés aurifères en activité contre 50 déclarées. La filière minière est en perte de vitesse (la Guyane a compté jusqu’à 150 exploitants). Il manque une véritable politique minière en Guyane.
- L’activité minière doit être évaluée sur
son impact sur l’environnement (obligation pour les artisans miniers de revégétaliser) et son retour fiscal et social pour le territoire.
- Remarque importante tous les
gisements sont connus et ont déjà été exploités.
- La conjoncture actuelle est dictée par les
tenants de la préservation de la biodiversité, des « éco-colonialistes » dixit l’intervenant. Il est demandé à la Guyane de bien gérer son patrimoine vert, sa biodiversité où comment culpabiliser les Guyanais comme si la survie du monde était sur leurs épaules. Au-delà, c’est bien du rapport Nord (pays occidentaux riches) - Sud (autres pays) dont il s’agit. Au Nord, les richesses acquises après des siècles d’exploitation de leurs ressources naturelles, au Sud l’interdiction d’emprunter le même chemin de développement pour la survie de notre planète mais sans compensation financière.
- La Guyane est l’un des territoires au
monde qui profite – légalement - le moins de ses richesses endogènes. Pour l’or, on estime à 1 tonne d’or l’exploitation aurifère légale et à 10 tonnes d’or celle illégale avec pour celle-ci des dégâts écologiques (mercure) et sociaux (trafics en tout genre, prostitution, violence…) importants sur la biodiversité et sur les populations, en particulier autochtones.
Le prix de l’or explose (valeur internationale refuge) d’où l’aggravation inéluctable de l’orpaillage illégal. L’Etat, en dépit de moyens conséquents, n’est pas en capacité d’éradiquer l’orpaillage illégal. D’où la nécessité, la nature ayant horreur du vide, de permettre aux artisans légaux d’exploiter les sites connus.
On estime la surface aurifère en Guyane 3 fois plus importante que celle du Suriname (35000 km2 contre 12000 kms2). Au Suriname, la production annuelle aurifère est en moyenne de 50 tonnes.

Pour répondre à la question sur la compatibilité entre Orpaillage et Ecologie :
La mine ne change pas la destination des sols. Surtout, les contraintes légales représentent une plus-value pour l’environnement : éradication des sites clandestins ; les jeunes forêts (revégétalisation) sont une plus-value environnementale ; l’artisanat minier ne pollue pas.
En conclusion de l’intervenant, la mine peut être un élément constitutif du développement durable.

NON


- Il est erroné de confondre
revégétalisation et absence d’impact sur l’environnement. De jeunes pousses d’arbres ne peuvent remplacer un écosystème par définition complexe.
- Il est faux d’affirmer que la mobilisation
des ONG serait moins soutenue contre l’orpaillage illégal que contre les grands projets miniers et les orpailleurs locaux. Les mouvements écologistes locaux, aidés des grandes ONG, jouent pleinement leur rôle d’alerte et de pression sur l’Etat contre l’orpaillage illégal. Il y a un constat partagé : les moyens militaires engagés sont sous-dimensionnés donc inefficaces mais il appartient à l’Etat de gérer cette problématique.
- D’abord, il est surprenant que la FEDOMG
et les orpailleurs locaux soient favorables aux grands projets miniers. Partout dans le monde, l'industrie minière a anéanti l’artisanat local. Ensuite, l’industrie minière génère une quantité pharaonique de déchets miniers toxiques, justement parce ce que la teneur aurifère des gisements primaires est dérisoire voire ridicule : pour obtenir un 1 gramme d'or, on répand alentour de la fosse 4 millions de grammes, soit 4 tonnes, de roches extraites, explosées ou finement broyées. Enfin, la problématique de l'orpaillage va bien au-delà de l'écologie et aborde surtout l'impact sur la santé publique des citoyens : l'industrie minière est l'une des industries les plus polluantes au monde.

Pour répondre à la question sur la compatibilité entre Orpaillage et Ecologie :
L'industrie minière n'a aucun avenir en Guyane surtout que le scandale sanitaire des mines exploitées dans l’Hexagone est en train d'émerger médiatiquement.
L’artisanat local n’est pas assez contrôlé (voir scandales sur la turbidité de certains cours d’eau).
L’activité minière consiste à puiser une matière finie. Ce type d’activité appartient à un monde révolu.

 

 

Farouk AMRI


DG Institut Monnerville.

Le tourisme, vecteur de développement pour la Guyane ?

Café-Débat du samedi 29 juin 2019


Préambule

Au Suriname, l’industrie touristique accueillait en 2017 près de 280 000 touristes contre seulement 110 000 en Guyane. Pourquoi, dans un monde toujours plus accessible par avion, dans un contexte de recherche de lieux « verts », échappant au tourisme de masse, le flux touristique vers la Guyane « ne décolle pas » ?

Le tourisme, à l’instar de la filière minière, halieutique et d’aucuns diraient spatiale est une ressource endogène du territoire.

Constats, état des lieux

Il est important de rappeler que le tourisme représente à l’heure actuelle 11 à 12% du PIB de la Guyane. C’est un secteur qui rayonne sur l’ensemble des acteurs du territoire, à savoir le transport, l’hébergement, la restauration, le commerce…et qui représente une chaîne de valeurs économiques.

Le tourisme représente à lui seul une moyenne de 2000 emplois directs pour une clientèle composé à 72% de visiteurs hexagonaux, dont une majorité de voyageurs seuls, présents uniquement pour affaires professionnelles.

La Guyane étant le seul territoire français présent sur le continent Sud-Américain, elle dispose d’un emplacement avantageux pouvant permettre des échanges touristiques directs avec ses pays limitrophes, Brésil et Suriname et d’une situation stratégique qui en fait la porte d’entrée européenne sur le continent sud-américain.

Freins : le coût et les conditions de transport, les contraintes réglementaires (vaccin contre la fièvre jaune) représentent des freins non-négligeables.

Selon de récentes études, la plus grande cause d’insatisfaction des voyageurs est le manque de transports, non seulement à l’intérieur du territoire, mais également au niveau de l'aérien. Il est vrai qu’à ce niveau, il reste encore beaucoup à faire.

La locomotive économique spatiale évolue dans un contexte de concurrence exacerbée. D’où l’urgence de mettre en place une filière endogène avec de riches atouts, afin de favoriser le développement et la promotion de nouveaux produits touristiques destinés, à la fois à la population locale mais également à une clientèle étrangère.

Comment développer une véritable dynamique touristique en Guyane ?

Développer le tourisme endogène : c’est d’abord de permettre aux guyanais d’expérimenter les trésors touristiques locaux aux fins de structurer une filière dans toutes ses composantes : transport, hébergement, restauration, sécurité, produits locaux… Cette ambition doit se traduire par un référencement des produits touristiques, culturels et gastronomiques, mais également, par une meilleure communication au sein même du territoire (un meilleur aménagement des sites touristiques, amélioration de la signalétique, …)

Structurer la filière Tourisme : c’est d’une part, créer une véritable cohésion et une coordination entre tous les différents acteurs du tourisme du territoire (hébergeurs, restaurateurs, transporteurs, guides, …) et d’autre part développer une synergie entre les opérateurs socio-professionnels et le Comité du Tourisme.

Renforcer les formations touristiques du territoire de la Guyane par la mise en place de plans de formations croisées, pour une meilleure mutualisation des savoirs.

Que mettre en avant en Guyane ?

  • Son environnement : face aux nouveaux défis du 21e siècle en matière de développement durable et face à l’expansion d’un type de tourisme plus centré sur la nature, la Guyane doit apparaître aux yeux du monde comme une destination de premier ordre. Développement d’un tourisme vert, respectueux de l’environnement, aménagement des sites naturels, maintien de la propreté des lieux, … La biodiversité est un pilier du tourisme durable et la sensibilisation ainsi que la protection de l’environnement sont essentielles à tout territoire qui souhaite mettre en valeur son patrimoine naturel et culturel.

 

  • Ses métiers en liens avec le milieu amazonien tels que les métiers de guidage. 

 

  • Son histoire et sa diversité culturelle : la Guyane a la chance d’abriter sur son territoire une population hétérogène, en particulier des populations autochtones en lien avec un lourd et riche passé historique.

Il est clairement établi que le développement du tourisme permettrait de valoriser notre patrimoine culturel et nous obligerait, à travers le recensement et l’étude de nos produits culturels, à nous intéresser également à leur protection et leur sauvegarde.

 

 

Marvin DORVILLE

Secrétaire permanent